Chapitre XLVII

« Je me ruai en avant. Lila était assise sur une chaise à côté de la fontaine, la tête rasée. Le coiffeur Chinot, la tondeuse à la main, le sourire aux lèvres, s’était écarté un peu et admirait son œuvre. Lila se tenait sagement sur la chaise, dans sa robe d’été, les mains jointes sur ses genoux. Pendant quelques secondes, je ne pus bouger. Puis ce fut un déchirement dans ma gorge, un hurlement. Je me jetai sur Chinot, lui donnai un coup de poing dans la gueule, saisis Lila par le bras et l’entraînai à travers la foule. Les gens s’écartaient : c’était fait, accompli, on avait fait payer à la « petite » se coucheries avec l’habitant. Plus tard, lorsque je puis penser, ce qui demeura, au-delà de l’horreur, ce fut le souvenir de tous ces visages familiers que je connaissais depuis mon enfance : ce n’étaient pas des monstres. Et c’était bien cela qui était monstrueux. » p. 355-356